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Dons de médicaments

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Dons de médicaments : non au n'importe quoi!

Le directeur du bureau européen de I'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait, le 27 avril dernier, au sujet du Kosovo: "Les associations humanitaires doivent s'en tenir a la liste des médicaments essentiels fixée par l'OMS, et cesser d'envoyer des tas de produits, collectés souvent individuellement, qui ne servent à rien. On doit éviter la répétition du chaos en Bosnie-Herzégovine et au Rwanda, où de grands stocks de médicaments sont devenus inutilisables. "

Critiquer l'aide humanitaire et la bonne volonté des donateurs est toujours un exercice périlleux. Mais lorsque l'aide apportée est inutile, pis, quand ses effets sont néfastes, il est urgent de rappeler quelques principes essentiels. Car la reproduction des mêmes erreurs à chaque urgence humanitaire pose la question primordiale de l'adéquation de l'aide aux besoins.

Arménie, Bosnie, Croatie, Rwanda, Somalie, Kosovo... A chaque crise répond une vague de solidarité qui se matérialise, entre autres, par des dons spontanés de médicaments. Or ces derniers ne sont pas des produits comme les autres. Les dons de médicaments ne rendent service que s'ils sont effectués avec professionnalisme et une connaissance approfondie du terrain. Sans cela, ils peuvent faire plus de mal que de bien, et de très nombreux produits, inutilisables, devront être détruits sur place. C'est pour le moins scandaleux: la destruction de ces produits doit être à la charge des pays expéditeurs.

Selon une étude publiée en 1997 par Epicentre et Médecins sans frontières, 17 000 tonnes de médicaments inutiles ou inutilisables étaient stockés, en 1996, dans les établissements sanitaires de Bosnie. Les deux fiers étaient des médicaments en vrac provenant de ménages, d'associations caritatives ou de cabinets médicaux (échantillons). L'essentiel de ces médicaments étaient indésirables, pour plusieurs raisons: beaucoup étaient périmés à réception ou ne correspondaient pas aux besoins locaux; leur dénomination était inconnue localement - Sans compter que leur triage a gaspillé un temps considérable. Le tiers restant provenait d'une opération " vide-grenier " d'hôpitaux et d'industries (des " plâtres " de 1961, de la dapsone - médicament utilisé contre la lèpre, absente en Bosnie -, etc.)- Au total donc, 50 % à 60% des dons de médicaments et de matériel médical étaient inadaptés.

Un pareil scandale, qui désorganise les équipes de secours locales et nécessite l'envoi d'un incinérateur afin d'éliminer les produits inutiles (comme en Arménie en 1988 et à Mostar en 1996), est en train de se reproduire au Kosovo. Pharmaciens sans frontières, qui réceptionne en Albanie les dons en provenance de France, estime que la moitié des médicaments reçus sont inutilisables. Toujours selon PSF, les dons les plus absurdes proviennent de collectivités locales (boîtes de médicaments entamées au milieu de produits de beauté et même d'aliments pour chien...), mais aussi de pharmacies hospitalières !

En 1996, l'OMS a publié, en collaboration avec les principales associations humanitaires concernées, des "principes directeurs applicables aux dons de médicaments". Ils prévoient notamment que les médicaments répondent à une demande locale et appartiennent à une liste de médicaments essentiels, que leur date de péremption soit valable un an après l'arrivée sur place, que les étiquettes soient rédigées dans une langue comprise des professionnels de santé locaux. Ainsi, en règle générale, les médicaments non utilisés par les familles ne devraient pas faire l'objet de dons.

Ces principes sont, aujourd'hui encore, insuffisamment connus et mis en œuvre. Aider vraiment les populations de réfugiés et celles qui les accueillent passe par un dialogue avec les associations sur le terrain et une évaluation précise des besoins. L'Albanie, par exemple, possède une industrie pharmaceutique et un réseau important d'officines. Les dons en argent sont donc plus adaptés que l'envoi de nos fonds d'armoires.

Soit, nos pharmacies familiales regorgent de médicaments inutilisés. C'est notre problème et celui de la Sécurité sociale. Nous ne devons pas en faire cadeau aux personnes déshéritées sous prétexte que la bonne conscience générale nous commande de ne pas les incinérer. En 1993, en Lituanie, 11 femmes ont perdu temporairement la vue parce qu'un médecin n'avait pas compris que le médicament qu'il utilisait, fruit d'un don humanitaire, était destiné à l'usage vétérinaire. Consternant, non?

Pierre Chirac, MSF, Pimed.
Le Monde du 16 juillet 1999

 

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